IRAN: au-delà des clichés !

Sous les ors Pahlavis

 

Isolé de la ville basse et de sa population grouillante, le dernier shah d’Iran vécut durant son règne (1941-1979) sur les hauteurs du nord, dans un parc au pied de l’Alborz alors peu intégré au tissu urbain de la capitale. Le palais du Niavaran se voulait un cocon préservé, et ainsi déphasé avec la réalité du monde.

 

Mohammed-Reza Shah succéda à son père Reza Shah, fondateur de la dynastie dite Pahlavi, en 1941 alors que ce dernier se trouvait sous la dangereuse pression d’une Allemagne nazie désireuse de se rapprocher du Golfe Persique et de son pétrole. Le nouveau souverain fut donc placé sur le trône par les puissances alliées afin de verrouiller le Moyen-Orient à Hitler. Essayant de jouer la concorde entre les forces en présence, le shah accueillit à Téhéran en 1943 une conférence à laquelle participèrent Roosevelt, Churchill et Staline afin d’officialiser une alliance avec l’Iran tout en préservant l’intégrité de son territoire. Mais les républiques éphémères de Mahabad (kurde) et d’Azerbaïdjan auto-proclamées en 1946 devant une armée soviétique passive fragilisèrent l’action de Mohammed-Reza. Déçu par l’URSS, c’est vers les Etats-Unis qu’il se tournera désormais suite au départ et à la concomitante baisse d’influence britannique dans la région. En 1953, la politique du Premier Ministre iranien réformateur Mossadegh en faveur de la nationalisation totale des hydrocarbures du pays s’attira l’ire des USA qui organisèrent un coup d’Etat monté par la CIA, et tacitement cautionné par le shah, qui renversa le populaire régime de Mossadegh. A la suite de cet épisode qui marque encore aujourd’hui la conscience collective et la profonde rancœur vis-à-vis des américains, le shah fut décrié pour sa politique autoritaire alliée à une faiblesse à l’échelle internationale. S’étant proclamé Shahanshah (« Roi des Rois ») à l’occasion des célébrations du 2500ème anniversaire de la fondation de la monarchie Perse, il fut surnommé le « monarque à la valise » par son propre peuple, car toujours enclin à déserter son poste et son pays en cas de problème. Les réformes agraires et sociales qu’il entreprit furent mal encadrées et surtout très mal acceptées par les milieux conservateurs et religieux. Incarnée par l’ayatollah Khomeiny à partir des années 60, la contestation populaire atteint un paroxysme à la fin de l’année 1978 après une baisse significative du prix du pétrole et la répression policière grandissante de l’Etat. Atteint d’un cancer en phase avancé, ce seront les violentes manifestations dans de nombreuses villes du pays qui achèveront de convaincre le shah de quitter le pays avec sa famille pour l’Egypte en janvier 79 où il mourra peu de temps après. La République Islamique d’Iran fut proclamée le 1er avril devant une communauté internationale médusée par l’impact d’un tel évènement. La seconde crise pétrolière et la guerre contre l’Irak de Saddam Hussein en seront d’ailleurs les conséquences directes...

Le palais, pompeusement meublé d’un style européen des XIX et XX° siècles, ressemble plus de l’extérieur à un bâtiment administratif plutôt terne. Il rend toutefois bien compte de l’isolat créé par le shah (qui disposait notamment d’un cabinet dentaire privé à côté du salon de réception) pour sa famille et surtout son fils, Reza, qui avait entre autre tout un pavillon de jeu pour lui où il pouvait s’adonner à la musique ou la lecture de romans en français (son père étant francophone et francophile). Le parc présente uniquement un intérêt pour sa vue sur les montagnes.



Publié à 02:38, le 25/11/2007, dans Téhéran,
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Téhéran avant Téhéran

Si Téhéran est une ville relativement nouvelle du fait de son développement fort récent suite à l’acquisition de son statut de capitale au détriment de Shiraz sous les Qadjars, le site est quant à lui plutôt ancien. La ville a en effet connut une urbanisation du sud vers le nord, et c’est donc en toute bonne logique au sud de Téhéran que l’on trouve les plus anciennes traces des civilisations passées. A Rey, il n’en subsiste plus beaucoup. Pourtant, la ville était déjà connue durant l’Antiquité grecque sous le nom de Raghès. Elle devint même une ville commerçante prospère à partir du IX° siècle de notre ère, mais fut presque entièrement rasée par les Mongols au XIII°. Aujourd’hui, le tombeau de l’imam Hamzeh, frère de l’Imam Reza, est le principal point d’intérêt de cette banlieue sud de Téhéran. Les faïences et la coupole dorée principale sont de toute beauté. De quoi passer un bon après-midi à se reposer parmi les visiteurs venus méditer, voire pique-niquer en famille sur place.

 

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Publié à 12:00, le 17/11/2007, dans Téhéran,
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Dernière demeure

Bien surprenant est le mausolée de l’Imam Khomeiny ! Accessible par le métro (terminal sud ; jouxte le Behesht-e-Zahra), l’immense bâtiment, inachevé et assez quelconque de l’extérieur, ne vaut pas vraiment pour sa beauté et son raffinement (l’intérieur est à mi-chemin entre le hall de gare et l’usine), mais plutôt par l’atmosphère qui s’en dégage. Ayant souhaité faire de sa dernière demeure un lieu de convivialité, le Guide Suprême de la Révolution Islamique, pourfendeur du « Grand Satan » occidental (les Etats-Unis cqfd) s’attendait-il à y côtoyer Mickey, Donald ou Tic et Tac, devant des pèlerins se gavant de hamburgers au ketchup et de Coca-Cola… En dépit d’un syncrétisme, peut-on parler d’un saint crétinisme ? Rien n’est moins sûr car en fait si le rejet de la politique américaine est net dans le pays, la culture semble exercer une certaine fascination qui n’en démord pas. Les films américains sont accessibles, bien que presque tout le temps vendus sous le manteau (il s’agit le plus souvent de copies ; le droit d’auteur étant inexistant en Iran…). Ainsi, le régime actuel n’a jamais pu faire fermer l’usine Coca-Cola de Mashhad au nord-est du pays ; les Iraniens n’ayant pas voulu se priver de leur Pepsi, Fanta ou Seven Up quotidien. Cette usine est d’ailleurs officiellement l’unique entreprise américaine tolérée dans le pays.



Publié à 11:48, le 17/11/2007, dans Téhéran,
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Rose Palais

Du grand ensemble urbain que forme la métropole téhéranie n’émergent que peu, voire pas de points de repères (seuls la tour Azadi et l’immense tour de télécommunication en construction à l’ouest de la ville ressortent du paysage). Cette situation rend la ville oppressante au premier abord, surtout lorsqu’elle se conjugue avec le vacarme assourdissant des voitures et la pollution ambiante. Pourtant le vieux Téhéran existe bien ; il se trouve en réalité dans la partie sud de la ville, au-delà de la place de l’Imam Khomeiny, actuel nœud du métro de Téhéran.

Le quartier du grand bazar de la ville recèle encore de cette atmosphère délicieusement indéfinissable propre au Moyen-Orient. On y trouve notamment l’ancien palais des souverains Qadjars, dit Palais du Golestan (« Palais des roses » ; gol signifie fleur en Farsi). Un brin kitsch, les murs extérieurs du palais sont assez superbement recouverts de faïences émaillées aux nombreuses couleurs vives. Couplés au charme désuet du jardin, le Golestan est toutefois un lieu de détente fort agréable pour s’isoler de l’agitation urbaine. Le clou de la visite reste tout de même la singulière salle du trône, ouverte sur l’extérieur (un immense drap est étendu pour séparer le dedans du dehors) et totalement recouverte de miroirs, où le souverain brillait lors de ses audiences publiques sur un imposant trône de marbre et d’albâtre. Intéressant, mais peut-être aussi un peu prétentieux au regard de la taille humaine du Palais dans son ensemble...

 

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Publié à 11:25, le 17/11/2007, dans Téhéran,
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Place des Martyrs

Difficile de ne pas remarquer en circulant dans le pays, mais tout spécialement à Téhéran, la place laissée aux shahid (« martyrs », littéralement ceux qui témoignent de la foi en Dieu). Fresques murales et avenues font sans cesse référence à tous ces gens qui moururent notamment depuis la Révolution et pendant la guerre contre l’Irak. La tradition chi’ite du martyr est pourtant bien plus ancienne plus qu’elle remonte aux origines avec les assassinats des premiers Imams (Ali et Hossein), commémorés par l’Ashura et le Tazieh.

Pour bien comprendre la ferveur qui entoure de telles « célébrations », il convient probablement de se rendre au Behesht-e-Zahra (behesht signifie « paradis » en Farsi) au sud de la ville (terminal sud du métro) où est enterrée la majeure partie des martyrs tués lors de la guerre contre l’Irak entre 1980 et 1988. Sur une immense superficie jonchée de pins, les tombes se succèdent et quel que soit le jour, vous trouverez certainement plusieurs familles venues visiter un défunt pour l’anniversaire de sa mort, et qui fleuriront une ou plusieurs tombes en pleurant ou chantant des prières pour le repos du martyr. De très nombreuses familles iraniennes furent touchées par le drame de la perte d’au moins un de leur proches, souvent de jeunes adultes, dont le portrait est alors obligatoirement présent dans la maison familiale.

Loin d’affaiblir le tout récent régime né de la Révolution, la guerre renforcera l’unité nationale des iraniens face aux attaques de l’ennemi, arabe et sunnite. La guerre Iran-Irak se soldera par un statu quo au niveau des frontières, initialement contestées par l’Irak de Saddam Hussein au niveau du Khouzistan (extrême sud-ouest de l’Iran) à dominante arabe mais chi’ite, et fera plus d’un million de morts des deux côtés…



Publié à 11:24, le 17/11/2007, dans Téhéran,
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Sous les nuages la ville

Situé au pied des versants sud des monts de la chaîne de l’Alborz, Téhéran est un trait d’union entre le plateau iranien désertique et les montagnes escarpées du nord. La ville s’étale ainsi sur plusieurs dizaines de kilomètres entre 1100 et près de 2000 mètres d’altitude. Les sommets pelés de l’Alborz sont normalement visibles depuis la ville, lorsque le nuage continuel de pollution le permet ! Le vent soufflant d’ouest en est dans la région, le petit matin et la fin de semaine, moins agitées que les autres périodes, sont des moments privilégiés pour apercevoir la superbe barrière rocheuse surplombant la ville, voire même au nord-est le majestueux Damavand, point culminant éternellement enneigé de l’Iran !

Téhéran est une ville gigantesque dont la croissante fulgurante de ces dernières décennies n’a pas réellement été maîtrisée. Les phénomènes jumelés d’urbanisation galopante, et d’exode rural, initiés par la politique de Mohammad-Reza Shah (1943-1979), dernier souverain Pahlavi, et accentués par la guerre avec l’Irak dans les années 80, ont fait se concentrer jusqu’à aujourd’hui plus de 14 millions d’habitants dans la capitale ; Téhéran rassemblant ainsi plus du cinquième de la population iranienne. Capitale depuis les Qadjars au XIX°, la ville est maintenant devenue incontournable en concentrant les prises de décisions politiques et économiques du pays.

 

 



Publié à 11:15, le 17/11/2007, dans Téhéran,
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Pour des siècles et des siècles

Vous accueillant immanquablement à votre arrivée  à Téhéran dont elle est l'un des symboles, la Tour Azadi est un orgueilleux édifice sacralisant la grandeur de l'Histoire du pays dans lequel vous rentrez. Edifié en 1971 sous la dynastie Pahlavi, il est censé célébrer les 2500 ans de l'Empire Perse. Son architecture assez singulière (un Y inversé de 45 mètres de hauteur) fut pensée pour associer les différentes époques architecturales de l'Iran, des Achéménides aux Safavides. Le régime islamique né de la Revolution de 1979, a souhaité dédier ce monument aux luttes du peuple iranien en la rebaptisant "Tour de la Liberté" (Burj Azadi en farsi).



Publié à 02:53, le 11/11/2007, dans Téhéran,
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